Articles Tagués ‘Aire Libre’

Les trois cheveux blancs

16 décembre 2011

3-cheveux-cv.jpg

Sans mauvais jeu de mot, cet album réussit à tenir à un cheveux près son pari de conte pour adulte. Ses auteurs ont su maintenir un extraordinaire équilibre de cruauté et d’humanité. Ils ont su revisiter tous les ingrédients traditionnels des contes de fée sans rien nous épargner de l’horeur : inceste, accouplements contre nature, bestialité. Bref ce n’est pas un album pour les enfants…

Mais grâce au graphisme d’Hausman, en couleur directe, qui relève de la peinture, aux frimousses extraordinaires des renards, à cette tâche constante de roux feu, le noir cruel sait s’ouvrir à la poésie de la vie qui a fui la niaiserie, l’érotisme des pauses se fait tendresse  à fleur de peau, la cupidité des hommes s’écroulent d’elle-même tant les êtres en souffrent tous.

Pour se sauver de la vieillesse, une belle princesse commet l’irréparable avec le démon Gyvulis…  S’en suivent la fureur d’un père, des langues coupées, une sauvageonne rousse, un prince maudit…

Allez :  laissez vous conter la cruauté des êtres humains et le destin implacable qu’ils font peser sur leur royaume. Vous n’en sortirez ni déçus ni indemnes…

Les trois cheveux blancs (S : Yann ; D : René Hausman) Dupuis, « Aire Libre », mars 1993

Pour acheter ce tome sur Amazon, cliquez ici.

3-cheveux-pl.jpg

Monsieur noir

13 décembre 2011

Bienvenu dans un monde étrange et fascinant…

Monsieur Noir, le propriétaire du château BlackTales, revient tous les sept ans afin de faire signer son bail de location. Peu importe la personne qui signe, l’essentiel c’est que le paraphe soit effectué par le stylo plume du dit Monsieur Noir qu’il confie à son locataire… Or voilà que Lord Charleston, actuel maître des lieux, a perdu le stylo. La lutte entre les Tohus qui dominent ce monde et le Bohus qui ne cessent de comploter s’annonce animée. Surtout que vient d’arriver Fanny, orpheline et nièce de l’actuel locataire…

Il y a beaucoup de loufoqueries dans ces deux albums édités maintenant en version intégrale, avec un côté Alice au pays des merveilles, mais aussi de l’absurde et de la cruauté. Jean Dufaux n’a eu de cesse de jouer ici sur les contrastes de la vie. Rire, effarement, dégoût, pitié, indignation, attachement se mêlent sans cesse en des planches superbes et parfois froides, lugubres ou terribles, le tout en un dessin faussement enfantin.

L’univers de Monsieur Noir est étrange, mystérieux, résistant jusqu’au bout aux lecteurs. Ce qui en fait un grand album à lire et à relire.

Monsieur noir, Série complète en deux tomes, (D : Griffo ; S : Jean Dufaux), Dupuis, «Collection « Aire libre », édités en octobre 1994 et en juin 1995, réédités en version intégrale en janvier 2006

Pour acheter l’intégrale sur Amazon, cliquez ici.

le bar du vieux français

12 décembre 2011

bar-cv.jpg

Cet album a la beauté et l’émotion de deux destins qui se croisent en un conte de fée moderne où la dureté des vies ne s’enferme pas sur elle-même. Célestin, orphelin africain, cède à l’appel du Nord et quitte sa tribu tandis que Leila, fille des cités d’Europe, étouffe et part pour retrouver ses racines vers le Sud. Deux fugues qui vont se croiser dans la bar d’un vieux français…

Les traits denses, épais, du dessin lourd et chaud, avec ses aplats de couleurs, dessinent une atmosphère à l’ “africaine “, faussement naïve, sur la fuite de personnages aux regards comme hypnotisés des dessins d’Ethyopie…

Derrière le choc des cultures… un extraordinaire moment de liberté et d’humanité…

Le bar du vieux français, (S : Denis Lapière, D : Jean-Pierre Stassen) Dupuis, collection « Aire libre », septembre 1999 pour la version intégrale.

Pour acheter la version intégrale sur Amazon, cliquez ici.

bar-pl.jpg bar-pl-2.jpg

L’oiseau noir

7 décembre 2011

Un album à la lumière tendre et sereine pour nous offrir un bel itinéraire de réconciliation et de vie.

Dans un décor d’après guerre, dans le sud de la France, débarque un jeune allemand encore vêtu de quelques oripeaux militaires. Il cherche à reprendre souffle auprès de Mireille que des amis communs lui ont recommandée… Les commentaires et les réactions vont bon train dans le village quand il s’installe dans un mas prêté par Nicci… surtout lorsque Lisette est prise de vertiges !

La luminosité dépouillée du dessin sait se mettre au service de cette parabole en 63 pages contre la xénophobie, contre les raccourcis trop rapides de l’histoire, contre la peur qui tord nos jugements.

L’oiseau noir, (S : Serge Le Tendre, D : Jean-Paul Dethorey) Dupuis, collection « Aire Libre » Octobre 1992, 62 pages

Pour acheter ce tome sur Amazon, cliquez ici.

Le Photographe

23 novembre 2011

Cette série exceptionnelle a déjà été plébiscitée un peu partout tant elle est attachante par ses récits comme par sa composition.

Didier Lefèvre quitte Paris, fin juillet 1986, afin d’accompagner une équipe de Médecins Sans Frontières (MSF) en Afghanistan, en pleine guerre entre soviétiques et Moudjahidins.

De cette première grande mission photographique, il ramène un témoignage et des documents très poignants. Les albums nous invitent à marcher avec l’équipe médicale, à découvrir les conditions dans lesquelles elle peut intervenir, ses contacts, ses anecdotes. Puis le retour que Didier Lefèvre décide d’effectuer seul, sans la protection du groupe, sans parler la langue… avec les conditions extrêmes qu’il va devoir traverser.

Ces albums ont un art exceptionnel de faire « jouer » ensemble photos prises sur place et dessins. Le travail épuré d’Emmanuel Guibert y puise des paysages et des atmosphères qui ont l’âpreté du pays et parfois la magie de ce que ces hommes et ces femmes peuvent tenter dans des conditions extrêmes. Ce va et vient entre dessins et clichés photographiques tisse un récit qui gagne étonnamment en ampleur par les échos, les ellipses ou les métaphores qui sont ainsi construites. C’est superbe !

Didier Lefèvre est décédé d’une crise cardiaque à son domicile de Morangis le 29 janvier 2007. Il ne nous a pas laissé simplement un reportage mais une grande leçon de témoignage !

Hommage à tous pour ce monument de la BD !

Le Photographe, série complète en 3 tomes (S : Didier Lefèvre; D : Emmanuel Guibert et Frédéric Lemercier) édités chez Dupuis, Collection « Aire Libre » d’octobre 2003 à janvier 2006

Pour acheter le tome 1 sur Amazon, cliquez ici.
Pour acheter le tome 2 sur Amazon, cliquez ici.
Pour acheter le tome 3 sur Amazon, cliquez ici.

Le réducteur de vitesse

20 novembre 2011

Trois matelots fraîchement embarqués sur “Le Belliqueux”, cherchent le calme dans les entrailles du Cuirassé et affrontent le terrible dérèglement du gigantesque réducteur de vitesse…

C’est drôle, c’est émouvant. Le dessin de Blain au graphisme très marqué, au trait souligné et exagéré, orchestre l’étrangeté inquiétante de ce monde et transforme l’album en un étonnant rêve éveillé aux couleurs superbement fantasmagoriques.

Il y a du Kafka dans cet univers de navire de guerre, avec une pointe en plus de poésie et d’humanité ! Ne vous laissez pas rebuter par la première impression à la découverte des planches de l’album : c’est un superbe Blain !

Le réducteur de vitesse de Christophe Blain, Dupuis, collection “Aire Libre”, octobre 1999, 80 pages

Pour acheter ce tome sur Amazon, cliquez ici.

Le diable des sept mers (T. 1)

12 novembre 2008

le-diable-des-7-t1-cv

Cette histoire en deux tomes est née du « story board » du film « Pirates des caraïbes » que Roman Polanski avait commandé au dessinateur Hermann. Difficile alors au fils d’Hermann dont la collaboration nous a déjà donné de superbes albums comme « Lien de sang » ou “Manhattan Beach 1957 », de résister à l’envie de relancer un tel univers de marins et de chasse au trésors !

Et tant mieux car les planches en couleurs directes sont superbes aussi bien dans les combats que dans les ambiances nocturnes et le scénario de Yves H. fait dans le « consistant », avec des intrigues, des flash-back où s’entrecroisent verres de Rhum, plantation en Caroline du Sud, fantôme de Barbe Noir et trésors enfouis dans des îles perdues.

Bref il y a à voir et à lire… et le lecteur en a pour son temps et son argent !

Le diable des sept mers (T. 1) (S : Yves H. ; D : Hermann) édité chez Dupuis, collection « Aire Libre », septembre 2008, 46 pages

Pour acheter ce tome sur Amazon, cliquez ici.

le-diable-des-7-t1-pl-01 le-diable-des-7-t1-pl-02 le-diable-des-7-t1-pl-1

Taïga Rouge (T.1)

1 août 2008

Ferdinand Ossendowski est un médecin qui doit fuir la révolution russe qu’il avait pourtant activement soutenue. En traversant les steppes sibériennes à la recherche d’un pays en paix, il se lie avec Diam Gordou, un cavalier mongol, appartenant au mystérieux et légendaire peuple des Soyotes. Ils se retrouveront ainsi emportés dans les guerres qui déciment la région.

Le trait de Vincent Perriot fait merveille pour plonger le lecteur dans les paysages et les atmosphères des grandes espaces pleins d’épopée et d’aventures humaines… Les personnages sont très attachants, plein de profondeurs et de ressources imprévues !

Une superbe plongée en lecture !

Taïga Rouge (T.1) (D : Vincent Perriot ; S : Arnaud Malherbe), Dupuis, collection « Aire Libre », juin 2008, 80 pages

Pour acheter ce tome sur Amazon, cliquez ici.

La femme accident (T.1)

1 juin 2008

Un album tout en tension comme le personnage principal, une tension entre la finesse, la délicatesse du dessin d’Olivier Grenson et la dureté, la lourdeur implacable, de cette destinée imaginée par Denis Lapiere.

Ce dernier, troublé par une visite dans le monde carcéral, convie ses lecteurs à endurer la solitude de ces femmes coupées du monde extérieur. C’est ainsi que nous suivons l’itinéraire de Julie, une jeune maman célibataire, qui passe en jugement pour homicide. Avec elle, nous revoyons son adolescence de femme regardée, désirée ; son grand amour Théo dont elle va tomber enceinte et dont le père va décider l’avortement pour elle, considérant tout cela comme un simple « petit accident »…

Par ce jeu entre prison et flash-backs Denis Lapière rend Julie extrêmement attachante, nous aidant à mieux entrer dans son caractère et dans cette histoire qui va la mener à son inculpation. Les planches en couleurs directes d’Olivier Grenson étalent en pleines pages les décors industriels qui ont façonné son enfance. Sous son regard, friches, terrils, sidérurgies rayonnent d’une superbe présence.

Il ne nous reste plus qu’à attendre sagement la fin de ce diptyque très attachant !

La femme accident, (T.1) (D : Olivier Grenson ; S : Denis Lapière) chez Dupuis, Collection « Aire Libre » mai 2008

Pour acheter ce tome sur Amazon, cliquez ici.


Suivre

Get every new post delivered to your Inbox.