Betty Blues

2 juillet 2009 by Percevoir

Betty Blues reçut le prix du premier album du festival d’Angoulême en 2004. Ce succès a pu desservir cet album tout en atmosphère, certains lecteurs s’attendant à un album plus « léché », à un scénario plus dense. Ils sont alors passés à côté de la douceur et de la lenteur d’un récit tout en déprime « jazzy », le récit d’une déception amoureuse avec ce que cela veut dire de dégoût de la vie et de volonté de repartir à zéro.

Rice le canard est un trompettiste passionné de jazz et tandis qu’il se défonce sur la scène, sa femme part avec un riche client. Il décide alors de tout plaquer, à commencer par son instrument de musique, le cœur brisé.

Le griffonné du dessin est très évocateur de la noirceur de cet itinéraire, ce que soulignent parfois de superbes aplats de hachures ou la colorisation de Anne Claire Jouvray.

Avec Betty la perruche, Bowen le hibou, ces 80 pages sont le temps d’un récit tout en spleen et en nouveau regard sur la vie.

A redécouvrir pour mieux se laisser toucher…

Betty Blues de Renaud Dillies aux Editions Paquet, Collection « Blandice », août 2003, 80 pages

    

Lune d’argent sur Providence

1 juillet 2009 by Percevoir

  

Cela fait près de trois ans qu’Eric Hérenguel nous avait abandonnés, seuls avec la belle Cathy Gatling évanouie au milieu des marais et des monstres d’outre monde qui l’envahissent depuis qu’un illuminé leur a ouvert la porte….

Trois ans, c’est long ! Surtout que les 66 pages du premier album de ce diptyque se laissaient dévorer avec dégustation : du western de la belle époque d’Hollywood avec un zeste bien prononcé de fantastique et d’ésotérisme. De quoi se régaler pour les amateurs d’action, d’humour, de clin d’œil décalés, de monstruosités étrangement fréquentables.

Le dessin avec ses couleurs à l’aquarelle regorge de détails et de poésie et réussit à immerger le lecteur dans cet autre temps du New Hampshire de 1880, entre civilisation et sauvagerie !

Dites Monsieur Hérenguel, vous nous dessinerez une suite ?

Lune d’argent sur Providence (T. 1 et 2) d’Eric Hérenguel édiéts chez Vents d’Ouest, Collection « Aventures » en septembre 2005 et avril 2008, 64 pages (format 23×32 cm)

   

    

De cape et de crocs

30 juin 2009 by farff

De cape et de crocs De cape et de crocs tome 2

LA série à avoir dans sa bibliothèque. Vous pourrez la relire des dizaines de fois en remarquant toujours un petit détail qui aura échappé à votre regard lors des premières lectures! Depuis les jeux graphiques et les petits clins d’œil récurrents du dessinateur aux citations reprises de la littérature française utilisées dans les dialogues en passant par les mises en abîmes multiples, cette BD ne cessera jamais de vous surprendre.

Nous sommes au XVIIIème, deux fiers bretteurs et gentilshommes, un renard et un loup partent à la recherche du trésor des îles tangerines accompagnés d’un troisième larron Eusèbe, le lapin (dont le regard peut faire penser au chat dans Shrek…). Les rencontres sont nombreuses: pirates, sélénites, pingre, belles femmes, turcs,… chaque confrontation est l’occasion d’un jeu de rimes, de vers et/ou de combat. Du tome 1 au tome 8, les actes de cette pièce s’enchaînent sans l’ombre d’un temps mort.

De part ses dessins très complets et ses dialogues denses, la lecture de chaque planche vous prendra quelques minutes. Une fois entré dans ce monde où la distinction entre théâtre et réalité disparaît, on n’en sort plus! A quand le tome 9 !

P.S.: si vous craquez comme nous pour cette BD, n’hésitez pas à les acheter en coffret de trois actes tomes. En plus d’être jolis, ces coffrets parachèvent l’œuvre théâtrale de Masbou et Ayroles.

De cape et de crocs (T.1 à 8 ) (S : Alain Ayroles ; D : Jean-Luc Masbou), Delcourt, 1995, 46 pages

De cape et de crocs tome 4 planche De cape et de crocs tome 3 planche De cape et de crocs tome 2 planche De cape et de crocs tome 1 planche

Le réducteur de vitesse

29 juin 2009 by Percevoir

Trois matelots fraîchement embarqués sur “Le Belliqueux”, cherchent le calme dans les entrailles du Cuirassé et affrontent le terrible dérèglement du gigantesque réducteur de vitesse…

C’est drôle, c’est émouvant. Le dessin de Blain au graphisme très marqué, au trait souligné et exagéré, orchestre l’étrangeté inquiétante de ce monde et transforme l’album en un étonnant rêve éveillé aux couleurs superbement fantasmagoriques.

Il y a du Kafka dans cet univers de navire de guerre, avec une pointe en plus de poésie et d’humanité ! Ne vous laissez pas rebuter par la première impression à la découverte des planches de l’album : c’est un superbe Blain !

Le réducteur de vitesse de Christophe Blain, Dupuis, collection “Aire Libre”, octobre 1999, 80 pages

   

Le Photographe

28 juin 2009 by Percevoir

     

Cette série exceptionnelle a déjà été plébiscitée un peu partout tant elle est attachante par ses récits comme par sa composition.

Didier Lefèvre quitte Paris, fin juillet 1986, afin d’accompagner une équipe de Médecins Sans Frontières (MSF) en Afghanistan, en pleine guerre entre soviétiques et Moudjahidins.

De cette première grande mission photographique, il ramène un témoignage et des documents très poignants. Les albums nous invitent à marcher avec l’équipe médicale, à découvrir les conditions dans lesquelles elle peut intervenir, ses contacts, ses anecdotes. Puis le retour que Didier Lefèvre décide d’effectuer seul, sans la protection du groupe, sans parler la langue… avec les conditions extrêmes qu’il va devoir traverser.

Ces albums ont un art exceptionnel de faire « jouer » ensemble photos prises sur place et dessins. Le travail épuré d’Emmanuel Guibert y puise des paysages et des atmosphères qui ont l’âpreté du pays et parfois la magie de ce que ces hommes et ces femmes peuvent tenter dans des conditions extrêmes. Ce va et vient entre dessins et clichés photographiques tisse un récit qui gagne étonnamment en ampleur par les échos, les ellipses ou les métaphores qui sont ainsi construites. C’est superbe !

Didier Lefèvre est décédé d’une crise cardiaque à son domicile de Morangis le 29 janvier 2007. Il ne nous a pas laissé simplement un reportage mais une grande leçon de témoignage !

Hommage à tous pour ce monument de la BD !

Le Photographe, série complète en 3 tomes (S : Didier Lefèvre; D : Emmanuel Guibert et Frédéric Lemercier) édités chez Dupuis, Collection « Aire Libre » d’octobre 2003 à janvier 2006

     

     

Berlin (T. 1 à 3)

27 juin 2009 by Percevoir

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Berlin, ville revisitée au travers du regard d’aviateurs qui ont eu à la bombarder puis après à l’approvisionner.

Cette trilogie nous offre une magistrale leçon d’histoire, celle des pilotes de la RAF et surtout celle d’une ville qui fut l’enjeu de tensions extrêmes jusqu’à la chute du mur.

Avec « Les Sept Nains » (une réédition d’un album paru initialement chez Dupuis dans la collection Aire Libre) et « Reinhard le Goupil », le lecteur fait la connaissance du seul pilote rescapé de l’équipage d’un bombardier, Stuart, qui assure en 1948 les liaisons du pont aérien avec Berlin. Dans « Deux Enfants de Roi », le troisième volume qui se déroule de nos jours, le personnage principal recherche ce qui est arrivé aux protagonistes des tomes précédents, notamment à l’époque de la construction du mur de Berlin.

A travers des personnages ayant réellement existé, des textes fournis et didactiques, Marvano nous fait relire certaines des grandes pages de ce XXème siècle qui firent de Berlin le centre de l’équilibre du monde. Son dessin, simple, épuré, se met au service d’histoires qui ne cherchent pas à s’évader dans une fausse intrigue mais à faire entrer son lecteur dans une pédagogie de la complexité humaine et historique.

C’est instructif, c’est intéressant… pour ceux qui acceptent encore que l’histoire ne s’écrive pas seulement en 24 heures chrono ! A lire comme une “spéciale dédicace” à tous ces profs d’Histoire Géo qui ont su nous passionner durant nos études !?!

Berlin (T. 1 à 3) de Marvano, édité chez Dargaud de juin 2007 à février 2008

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L’Ascension du Haut mal

26 juin 2009 by Percevoir

   

   

Quand le dessin rend une autobiographie universelle !

Il faudra en tout 6 tomes à David B pour raconter l’histoire de cette maladie qui entraîne son frère Jean Christophe et toute sa famille.

C’est à la fois la société des années 70 qui se dévoile avec sa macrobiotique, ses utopies communautaires, son anthroposophie… et en même temps toute l’intimité d’un enfant qui cherche à grandir et qui trouve dans le dessin sa voie pour survivre et vivre.

Car l’épilepsie (le Haut Mal en vieux français) met au banc de la société toute cette famille, les offre en proie aux gourous et aux charlatans jusqu’aux déchirements, aux plus grandes trahisons. David B en tire des planches époustouflantes d’exploration intérieure, tour à tour symbolistes, expressionnistes, minutieuses, factuelles. A travers ses réactions, l’ambivalence de ses sentiments vis-à-vis de son frère, David B livre à son lecteur éberlué, intimidé, tout ce qui va nourrir son univers intérieur d’aventure, d’ésotérisme et de fantastique.

Qui a dit que l’autobiographie était narcissique ?

Un grand chef d’œuvre de la Bande Dessinée à parcourir dans son entier. Personne n’en sort indemne tant chacun peut se sentir atteint au plus profond de son être, entre culpabilité et colère, entre sidération et émerveillement !

L’Ascension du Haut mal, de David B en 6 tomes chez L’Association, Collection « Esperluette », de novembre 1995 à octobre 2003

     

Pinocchio

25 juin 2009 by Percevoir

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Pour cause de coups de mains à Marjane Satrapi (Persepolis en version animation oblige…) cela fait depuis 2004 (Smart Monkey) qu’une production de Winshluss (alias Vincent Paronnaud) se faisait attendre…

Vous n’allez pas être déçus, si du moins vous ne faites pas partie des âmes sensibles et pudibondes… car la version androïde du célèbre pantin de bois n’a rien d’un conte pour enfants… Même Blanche Neige y prend pour son compte et pour le pire… c’est dire !

Mais quelle jubilation dans ce délire halluciné où le cafard Jiminy , logé dans la tête du robot, vient quelque peu bousculer les plans du génial et cupide inventeur de l’arme Pinocchio ! Et tout le monde en prend pour son garde en un dessin comics version Tex Avery qui sait s’amuser et se jouer des codes habituels ! Les contes retrouvent ici toute leur cruauté !

192 pages d’un extraordinaire délire d’humour ravageur !

Qui a dit « déconner est une forme d’action » ?

Pinocchio de Winshluss édité chez les Requins Marteaux, collection Ferraille, 192 pages (21 x 29)

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Houppeland

24 juin 2009 by Percevoir

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Ici la fête est obligatoire et les Pères Noël sont là pour la faire respecter : à la Brigade des Joyeux Drilles on ne plaisante pas avec la loi. Il ne s’agit donc pas d’oublier son cadeau à échanger. Et ce ne sont pas les changements de Président qui vont changer grand chose !

C’est féroce, c’est cynique, c’est grotesque mais c’est tellement ça ! Et ce n’est pas l’humour qui fait défaut à cette album… même si parfois il se fait grinçant, voire « jaune ». Les tons des planches, eux, ont sont plutôt rouge ou vert selon l’atmosphère qu’ils rendent magnifiquement palpable. Derrière la fausse naïveté du dessin, les détails font mouche !

Reste à espérer qu’il ne s’agit pas là d’un chef d’œuvre d’anticipation !

Houppeland, Didier Tronchet, Collection « Aire libre » de Dupuis, 2003

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Vlad

23 juin 2009 by Percevoir

   

     

Choisissez une friandise, celle du genre que vous ne pouvez pas vous arrêter de manger dès que vous avez commencé mais dont vous avez un peu honte de tant raffoler… Fraises Tagada, Lait Montblanc sucré, crème de marrons Faugier, Michoko ? Peu importe !?! Mais la série Vlad appartient à la même catégorie !

Une fois que vous commencez le premier album, vous avez envie de lire les autres et de passer ainsi un excellent moment loin de tout.

Certes ce n’est pas très fin mais l’intrigue et les actions sont bien ficelées. Certes, l’auteur vous embarque parfois dans des détours qui auraient pu être traités plus rapidement… mais quel plaisir ! Selon la génération des lecteurs, c’est du Mad Max ou du Bruce Willis… et à la fin vous en redemandez à votre libraire, un peu rougissant… mais cela fait tellement plaisir !

L’intrigue ? En 2050, un ancien officier de l’armée russe, Vlad, reconverti dans la protection rapprochée, ne touchera son héritage qu’à la condition de retrouver son jumeau Igor. Ce dernier, star en vue du cinéma russe est en effet un dealer disparu depuis qu’il a « emprunté » de l’argent à un producteur mafieux et, surtout, une mystérieuse mallette ayant appartenue au Président Russe qui vient d’être assassiné… L’Ukraine, la Yakoutie seront au programme en attendant d’arriver à Bruxelles via des centres de concentration et quelques bases militaires.

Bref : corruption, déviation, coups tordus, complots, mafia, grand capital sont convoqués avec quelques trouvailles technologiques pour un scénario tonique.

Que du bonheur pour ceux qui aiment ce style !

Vlad, Série complète en 7 volumes (S : Yves Swolfs ; D : Griffo), Le Lombard, collection « Troisième vague » édités de Mai 2000 à janvier 2006