Shutter Island

9 février 2010 par Percevoir

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Le dessin tout en atmosphère de Christian De Metter revisite ici le célèbre polar noir de Denis Lehane. Derrière une enquête qui semble se mettre tranquillement en place, Teddy Daniels et Chuck Aule, deux marshals fédéraux des années 50, vous nous piéger dans l’atmosphère lourde et secrète d’un Institut psychiatrique exclusivement réservé à de dangereux criminels…

Fausses pistes, jeux sur les apparences renforcent le malaise qui semble suinter de cette île hôpital. Les planches, mises en couleurs directes avec des dégradés sépia et verdâtre, sont pour beaucoup dans l’intensité de ce climat oppressant.

De quoi réjouir les amateurs de BD et de polar ! Ambiance et suspens de thriller garantis !

Shutter Island (D : Christian De Metter ; S : Dennis Lehane) édité par Casterman, collection Rivages/Casterman/Noir en septembre 2008, 128 pages

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Mardi-Gras Descendres

8 février 2010 par Percevoir

         

Attention : choc métaphysique !

Victor Tourterelle, cartographe de son métier, se réveille à l’état de squelette juste après avoir glissé par mégarde sur la petite voiture que son fils avait oubliée dans la salle de bain. Glissade fatale qui le fait basculer dans un au-delà entre enfer et paradis, un au-delà bien étrange avec ses lois, ses tyrans, son église, ses révoltes anarchistes. Alors qu’il refuse de se plier à ce qu’il juge comme une imposture divine, Victor maintenant rebaptisé « Mardi-Gras Descendres » est recueilli par un groupe clandestin, la Corniche, afin de participer à la cartographie de cet univers. De folles aventures s’ouvrent jusqu’à la découverte de la recette de la résurrection…

Ne vous laissez donc pas décourager par cet univers glauque et obscure de squelettes parfois reconstitués de bric et de broc. Il recèle d’étonnantes péripéties, des réflexions inattendues sur la mort et l’au-delà. Certes, cet univers au décor astral superbe se mérite, il ne se livre pas d’un simple coup d’œil. Les tavernes, au graphisme fouillé, réservent des rebondissements surprenants… Mais, au travers de cette foisonnante danse macabre, le lecteur trouve là une vraie richesse narrative, une vraie originalité dans une démarche vraiment audacieuse.

Une référence marquante !

Mardi-Gras Descendres, (T.1 à 4) d’Eric Liberge, chez Dupuis, Collection empreintes, une réédition de juin 2004 à septembre 2005 d’albums d’abord édités en noir et blanc chez Pointe Noire de décembre 1998 à août 2001

               

 

               

Qui a tué l’idiot ?

7 février 2010 par Percevoir

Bizarre, excentrique, loufoque, space, cinglé, ouf… à vous de choisir !

Le dessin de Nicolas Dumontheuil, avec ses couleurs pimpantes, souligne à merveille l’expression de tous ces personnages étranges et quelques peu déjantés : c’est le 36ème crime qui a lieu en 6 ans dans un petit village.

Un comédien débarqué de la capitale, Lucien Lurette, ne peut s’empêcher de mettre son nez dans ces sales affaire… et c’est bien fait pour lui car il en devient le coupable idéal dans ce village où tout le monde soupçonne tout le monde. IL faut dire qu’en M. le Comte qui manipule la population, M. Le Curé qui ne sort plus de son lit, Victor le colporteur qui vous colporte tous les ragots que vous voulez et la Lison, il y a de quoi faire…

Et si vous doutez encore « Qui a tué l’idiot ? » a reçu le prix du meilleur album en 1997 à Angoulême et le prix René Goscinny en 1996

Qui a tué l’idiot ? de Nicolas Dumontheuil, chez Casterman, avril 1996, 94 pages

   

Le fléau des Dieux (T.1 à 6)

6 février 2010 par Percevoir

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Un beau mélange entre la fresque épique et la mythologie version galactique !

Issue de l’Ecole des Chartes, la scénariste, Valérie Mangin, s’en donne à cœur joie avec les dieux de l’Olympe pour leur tricoter un « Space Opéra » plein d’actions futuristes, de rebondissements fratricides, de trahisons comme les aiment les dieux et d’ambitions dévastatrices comme les affectionnent les humains… L’humanité survivra-t-elle au plan machiavélique de Saturne, le Dieu des Dieux, qui se plait à jouer Mars contre Vénus, Huns contre Romains ?

Au fil des albums le trait glacé des débuts se lâche et épouse la dynamique de l’action. Le scénario galactico-antique y trouve de quoi s’épanouir et embarquer jusqu’au bout son lecteur dans son paradoxe temporel…

Une belle et grande réussite !

Le fléau des Dieux , tomes 1 à 6 (S : Valérie Mangin ; D : Aleksa Gajic), Editions Soleil Productions, collection « Quadrants », de janvier 2001 à juin 2006

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Les Coulisses du pouvoir (T. 1 à 4)

5 février 2010 par Percevoir

          

Lutte de pouvoir, connivence entre journaliste et politique, influence occulte de la classe dirigeante sont les ingrédients de cette série policière qui a su renouveler le genre et le style des intrigues policières habituelles.

Le Commandant Caine et son adjoint Burkinshaw enquêtent sur l’assassinat d’un ancien premier ministre retrouvé mort quinze jours après avoir accordé une longue interview… alors qu’il avait été évincé de son parti six mois auparavant.

Ces quatre premiers volumes des “Coulisses du pouvoir” bouclent avec adresse un première cycle où l’intrigue politique a su se mettre au service de personnages pleins de caractères et approfondir avec brio  toutes ramifications possibles d’un dossier politique !

Une superbe et captivante leçon de polar politique !

Les Coulisses du pouvoir, Tomes 1 à 4, (S : Philippe Richelle ; D : Jean-Yves Delitte), Casterman, Collection « Ligne Rouge » de mars 1999 à avril 2002.

         

Le Photographe

4 février 2010 par Percevoir

     

Cette série exceptionnelle a déjà été plébiscitée un peu partout tant elle est attachante par ses récits comme par sa composition.

Didier Lefèvre quitte Paris, fin juillet 1986, afin d’accompagner une équipe de Médecins Sans Frontières (MSF) en Afghanistan, en pleine guerre entre soviétiques et Moudjahidins.

De cette première grande mission photographique, il ramène un témoignage et des documents très poignants. Les albums nous invitent à marcher avec l’équipe médicale, à découvrir les conditions dans lesquelles elle peut intervenir, ses contacts, ses anecdotes. Puis le retour que Didier Lefèvre décide d’effectuer seul, sans la protection du groupe, sans parler la langue… avec les conditions extrêmes qu’il va devoir traverser.

Ces albums ont un art exceptionnel de faire « jouer » ensemble photos prises sur place et dessins. Le travail épuré d’Emmanuel Guibert y puise des paysages et des atmosphères qui ont l’âpreté du pays et parfois la magie de ce que ces hommes et ces femmes peuvent tenter dans des conditions extrêmes. Ce va et vient entre dessins et clichés photographiques tisse un récit qui gagne étonnamment en ampleur par les échos, les ellipses ou les métaphores qui sont ainsi construites. C’est superbe !

Didier Lefèvre est décédé d’une crise cardiaque à son domicile de Morangis le 29 janvier 2007. Il ne nous a pas laissé simplement un reportage mais une grande leçon de témoignage !

Hommage à tous pour ce monument de la BD !

Le Photographe, série complète en 3 tomes (S : Didier Lefèvre; D : Emmanuel Guibert et Frédéric Lemercier) édités chez Dupuis, Collection « Aire Libre » d’octobre 2003 à janvier 2006

     

     

Berlin (T. 1 à 3)

3 février 2010 par Percevoir

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Berlin, ville revisitée au travers du regard d’aviateurs qui ont eu à la bombarder puis après à l’approvisionner.

Cette trilogie nous offre une magistrale leçon d’histoire, celle des pilotes de la RAF et surtout celle d’une ville qui fut l’enjeu de tensions extrêmes jusqu’à la chute du mur.

Avec « Les Sept Nains » (une réédition d’un album paru initialement chez Dupuis dans la collection Aire Libre) et « Reinhard le Goupil », le lecteur fait la connaissance du seul pilote rescapé de l’équipage d’un bombardier, Stuart, qui assure en 1948 les liaisons du pont aérien avec Berlin. Dans « Deux Enfants de Roi », le troisième volume qui se déroule de nos jours, le personnage principal recherche ce qui est arrivé aux protagonistes des tomes précédents, notamment à l’époque de la construction du mur de Berlin.

A travers des personnages ayant réellement existé, des textes fournis et didactiques, Marvano nous fait relire certaines des grandes pages de ce XXème siècle qui firent de Berlin le centre de l’équilibre du monde. Son dessin, simple, épuré, se met au service d’histoires qui ne cherchent pas à s’évader dans une fausse intrigue mais à faire entrer son lecteur dans une pédagogie de la complexité humaine et historique.

C’est instructif, c’est intéressant… pour ceux qui acceptent encore que l’histoire ne s’écrive pas seulement en 24 heures chrono ! A lire comme une « spéciale dédicace » à tous ces profs d’Histoire Géo qui ont su nous passionner durant nos études !?!

Berlin (T. 1 à 3) de Marvano, édité chez Dargaud de juin 2007 à février 2008

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Le réducteur de vitesse

2 février 2010 par Percevoir

Trois matelots fraîchement embarqués sur « Le Belliqueux », cherchent le calme dans les entrailles du Cuirassé et affrontent le terrible dérèglement du gigantesque réducteur de vitesse…

C’est drôle, c’est émouvant. Le dessin de Blain au graphisme très marqué, au trait souligné et exagéré, orchestre l’étrangeté inquiétante de ce monde et transforme l’album en un étonnant rêve éveillé aux couleurs superbement fantasmagoriques.

Il y a du Kafka dans cet univers de navire de guerre, avec une pointe en plus de poésie et d’humanité ! Ne vous laissez pas rebuter par la première impression à la découverte des planches de l’album : c’est un superbe Blain !

Le réducteur de vitesse de Christophe Blain, Dupuis, collection « Aire Libre », octobre 1999, 80 pages

   

L’Ascension du Haut mal

1 février 2010 par Percevoir

   

   

Quand le dessin rend une autobiographie universelle !

Il faudra en tout 6 tomes à David B pour raconter l’histoire de cette maladie qui entraîne son frère Jean Christophe et toute sa famille.

C’est à la fois la société des années 70 qui se dévoile avec sa macrobiotique, ses utopies communautaires, son anthroposophie… et en même temps toute l’intimité d’un enfant qui cherche à grandir et qui trouve dans le dessin sa voie pour survivre et vivre.

Car l’épilepsie (le Haut Mal en vieux français) met au banc de la société toute cette famille, les offre en proie aux gourous et aux charlatans jusqu’aux déchirements, aux plus grandes trahisons. David B en tire des planches époustouflantes d’exploration intérieure, tour à tour symbolistes, expressionnistes, minutieuses, factuelles. A travers ses réactions, l’ambivalence de ses sentiments vis-à-vis de son frère, David B livre à son lecteur éberlué, intimidé, tout ce qui va nourrir son univers intérieur d’aventure, d’ésotérisme et de fantastique.

Qui a dit que l’autobiographie était narcissique ?

Un grand chef d’œuvre de la Bande Dessinée à parcourir dans son entier. Personne n’en sort indemne tant chacun peut se sentir atteint au plus profond de son être, entre culpabilité et colère, entre sidération et émerveillement !

L’Ascension du Haut mal, de David B en 6 tomes chez L’Association, Collection « Esperluette », de novembre 1995 à octobre 2003

     

Naciré et les machines

31 janvier 2010 par Percevoir

     

Dans la Cité-Usine, une ville sur-industrialisée, rongée par la rouille grimpante, Naciré tombe amoureux d’une garde-barrière qu’il aperçoit chaque fois qu’il conduit sa locomotive jaune. En fait cette mystérieuse Mlle Guili-Guilistein au beau visage mélancolique, qui ne sait même pas ce qu’est une montagne… est un automate. Ils décident de s’enfuir dans sa locomotive, et se trouvent rapidement pris dans une guerre à laquelle personne ne comprend rien…

Ces albums sont à déguster et à savourer comme un conte et non comme un concentré d’adrénaline ou de suspens… Amateurs de 24 heures Chrono, s’abstenir… sauf si vous savez aussi goûter la gratuité d’une réflexion poétique, à la sauce Délicatessen, sur l’homme, sur l’absurde, sur ce qui fait une machine, sur la source de notre existence…

En réussissant à camper un monde qui n’appartient qu’à lui, Frédéric Pontarolo parvient dès cette première série à construire une belle ode poétique qui se révèle comme un antidote à la déshumanisation des relations !

Pour les grands cœurs des temps modernes !

Naciré et les machines, série complète en trois tomes, de Frédéric Pontarolo, éditée par Casterman de janvier 1999 à octobre 2000, 64 pages chaque album.